Communiqué de la BBC relatant la tragédie d'Oradour

 

Communiqué de la BBC du 16 Août 1944 évoquant Oradour sur Glane

 


16 Août 1944

21 heures 37

LES FRANÇAIS PARLENT AUX FRANÇAIS

HONNEUR ET PATRIE

Jean-Jacques Mayoux

 

D'Oradour au camp d'extermination de Lublin


Les journaux anglais d'avant-hier étaient pleins de photos de Lublin. Lublin était le camp d'extermination où 500 000 innocents, catalogués ennemis de la race allemande, ont trouvé la mort.


On voit sur les photos des rangées de fours, comme des fours de boulanger entrouverts et au premier plan un amoncellement confus où d'autres photos prises de plus près font distinguer des squelettes.

 


Chacun de nous se rappelle quelqu'un qu'il a connu, un regard, une voix, une poignée de mains. Un souvenir surgit et rapproche de nous cette horreur, fait une réalité plus vive de ce cauchemar ; on pense : il, elle est peut-être là, dans ce tas confus et innommable de choses qui ont été des êtres humains.


On n'aime pas, si on est à peu près normal, plonger dans cet abîme.

 


Pour nous autres, Français de la Résistance, c'est assez facile pourtant car nous sommes acclimatés à l'horreur et nous passons hélas, trop bien d'Oradour à Lubin.

C'est, hélas, trop facile de se dire : tous ceux dont tu n'as plus de nouvelles - femme, enfants, parents sont peut-être dans un charnier comme celui-là.


Mais que ceux à qui personne ne manque, ceux à qui rien n'a manqué, que ceux qui n'ont pas bougé de chez eux, fassent ce terrible effort d'imagination et de sympathie humaine : il faut que l'humanité tout entière comprenne.

 

Mère, qui avait tendrement débarbouillé votre petit enfant pour l'envoyer à l'école ce matin et qui avez embrassé tout l'avenir et toute la fraîcheur du matin et du monde sur ses joues roses, mettez-vous dans la peau de la maman qui a envoyé son petit garçon à l'école d'Oradour et qui écrit


: "Mon petit garçon n'était pas rentré le soir et, le dimanche 11, j'ai erré dans les ruines à la recherche de mon enfant que j'ai découvert au milieu de l'église. Il était à moitié carbonisé. Deux autres petits enfants se trouvaient dans le confessionnal. "

 

Mettons-nous tous, aryens que nous sommes, dans la peau de ce juif déporté de Drancy en Pologne et qui raconte :


"Ayant demandé à un chef dans le camp quel jour je verrai ma femme et ma fille déportées en même temps que moi et parties d'Auschwitz en camion, il m'emmène hors du camp et, me montrant au loin une immense cheminée par laquelle s'échappe une fumée blanche, il me dit ces simples paroles

: " Ta femme et ta fille s'en vont dans cette fumée. "


Est-ce que votre peau ne frémit pas, est-ce que votre poil ne se hérisse pas à la seule pensée que ces paroles ont été dites ?


Lors des grands massacres de Lublin, des haut-parleurs jouaient des airs de tango et de rumba. N'est-ce pas que nous sommes ici en dehors de l'humanité, face à face avec l'esprit du mal ? On fait à Lublin ouvrir la bouche des victimes et on leur arrache leurs dents en or. On les fait mettre nus et les vêtements son récupérés.

 

Une fois morts et incinérés, on met en cylindres la poudre d'os pour en faire de l'engrais pour les champs allemands.


On fait de l'engrais avec des hommes. Quelle sinistre folie, n'est-ce pas ?


Mais pourquoi ceux qui sont si peu sensibles à la dignité de la vie seraient-ils plus sensibles à la dignité de la mort?

 

En face de ces bourreaux et de ces tortionnaires que notre haine nécessaire ne soit que l'autre nom, ne soit que le revers de notre pitié.

 

Mais que toute la pitié, que toute la tendresse humaine sachent dès aujourd'hui se tourner en une haine inflexible et vigilante.

 


Qu'une paix juste et dure enfin nous garantisse que nos enfants ne connaîtront jamais ni Lublin, ni Lidice, ni Oradour.

Ce site est propulsé par Viaduc