La Famille Roby 

 La Famille Roby :

 

La Famille Roby comptera des victimes lors du 10 Juin 1944 

 

 

Voici un texte remanié trouvé dans un livre et qui je pense est très émouvant :

 

 

"Elle s'appelle Marcelle .Marcelle Roby .  

Elle se tient debout sur les marches de sa maison .

Ce jour-là on l'a photographiée comme ça , sans aucune préparation en habit de tous les jours , comme son chat passé par-là  elle l'a pris dans ses bras , elle était tout simplement heureuse ."

 

Dessin représentant Marcelle Roby que l'on retrouve dans le livre Oradour la douleur :

 

 

Morts de la famille Roby :

 

Marcelle Roby  : 1938-1944

Catherine Roby : 1864-1944

Pierre Roby :  1923-1944

 

 

Un membre de la Famille a cependant survécu au drame du 10 Juin 1944 , il s'agit d'Yvon Roby , voici son témoignage : 

 

 

En 1944 il a 18 ans.

 


" Le groupe enfermé dans la grange où je me trouvais comprenait entre autres :

 

Brissaud, le charron du village, Compain, le pâtissier, Morliéras, le coiffeur.

A peine arrivés, les Allemands nous ont obligé à enlever deux charrettes encombrantes : puis, nous ayant fait pénétrer à l'intérieur du bâtiment, quatre soldats demeurés à la porte braquèrent sur nous des mitrailleuses, à feu croisé, dans le but de nous empêcher de fuir.

 

Ils parlaient entre eux et riaient en examinant leurs armes.

Soudain, cinq minutes après notre entrée dans les granges, paraissant obéir à un signal donné par une forte détonation que j'ai déterminée comme provenant du Champ de Foire, ils poussèrent un grand cri et ouvrirent lâchement le feu sur nous.

Les premiers qui furent abattus furent protégés des rafales qui suivirent par les corps qui tombaient sur eux.

Je me mis à plat ventre, la tête entre mes bras. Cependant les balles ricochent contre le mur près duquel je me trouve.

 

 

La poussière et le gravier gênent ma respiration.

 

Les blessés crient, d'autres appellent leur femme et leurs enfants !

Soudain, la mitraillade cesse ; les bourreaux, montant sur nos corps, achèvent, à bout portant, à l'aide de revolvers, les blessés qu'ils voient encore remuer.

J'attends avec effroi la balle qui m'est destinée.

 

Je suis blessé au coude gauche.

 

Autour de moi, les cris s'éteignent, les coups de feu se font plus rares.

Enfin, un grand silence règne, un silence lourd, angoissant, troublé cependant, par quelques plaintes étouffées.

Les bourreaux ont alors déposé sur nous tout ce qu'il pouvait y avoir de combustible à leur portée : paille, foin, fagots, ridelles de charrettes, échelles, etc...

Or, tout le monde n'était pas mort autour de moi.

Quelques mots à voix basse, sont échangés entre ceux qui étaient indemnes et ceux qui n'étaient que blessés.

 

Je tourne légèrement la tête et j'aperçois un de mes pauvres camarades couché sur le côté, couvert de sang, râlant encore.

Mon sort va-t-il être le même ?...

Des pas se font entendre, les Allemands sont revenus. Ils mettent le feu au tas de paille qui nous recouvre.

 

Les flammes se répandent rapidement, envahissent toute la remise.

Je tente de fuir, mais le poids des corps de mes camarades gêne mes mouvements.

 

De plus, ma blessure m'empêche de me servir de mon bras gauche.

Après des efforts désespérés, j'arrive à me dégager. Je me dresse, pensant recevoir une balle, mais les bourreaux avaient déserté la grange.

L'air devenait irrespirable. Je remarque alors un trou situé dans un mur à une distance d'ailleurs assez grande du sol.

Ayant réussi à m'y engager, je me réfugie dans un grenier voisin. J'y avais été précédé par quatre de mes camarades : Broussaudier, Darthout, Hébras et Borie.

Je me glisse alors sous un tas de paille et de haricots qui se trouve près de moi.

Borie et Hébras se dissimulent derrière des fagots. Broussaudier se pelotonne dans un coin ; enfin, Darthout, atteint de quatre balles dans les jambes et saignant de toutes parts, me demande de lui laisser une place près de moi.

Nous nous serrons l'un contre l'autre, comme deux frères, et nous attendons avec anxiété, attentifs à tous les bruits du dehors.

Hélas ! notre supplice n'était pas terminé ! Soudain, un Allemand entre, s'arrête devant le tas de paille qui nous abrite et y met le feu. Je retiens mon souffle. Nous évitons de faire le moindre mouvement.

Mais les flammes me brûlent les pieds.

Je me couche sur Darthout qui demeure immobile.

Je risque un coup d'oeil, le S. S. est parti.

A ce moment, Broussaudier traverse le grenier, il a trouvé une nouvelle issue. Je le suis à quelques pas et poursuivi par les flammes, je me trouve dehors à proximité d'un clapier où Broussaudier vient d'entrer.

J'y pénètre à sa suite.

 

Là, sans perdre un instant, à l'aide de ma main droite et de mon pied, je creuse dans la terre un trou où je me blottis.

 

Puis, je me recouvre de débris qui sont à ma portée.

Nous restons environ trois heures dans cet abri.

 

Mais, soudain, l'incendie le gagne à son tour, la fumée nous prend à la gorge. Je passe la main droite sur ma tête pour enlever les braises qui tombent de la toiture et me brûlent le cuir chevelu.

Nous devons fuir les flammes une troisième fois.

J'aperçois un étroit passage entre deux murs, j'en dégage l'entrée et nous voici accroupis et respirant un peu d'air frais. Mais nous ne pouvions rester longtemps en cet endroit.

Nous nous levons et avec précaution, nous nous dirigeons vers le Champ de Foire.

Nous devons alors nous rendre compte si quelque soldat allemand n'y monte pas la garde.

 

Broussaudier part en éclaireur. Personne ne se montre.

Pouvons nous traverser ?...

 

Un dernier regard de droite et de gauche, et nous partons aussi vite que nous le pouvons dans la direction du cimetière.

Une épaisse broussaille nous barre la route, mais rien ne nous arrête, nous traversons le buisson.

Enfin, nous voici en sécurité au milieu d'un taillis.

 

Nous nous embrassons, tellement est intense notre joie d'être revenus à la vie.

J'ai dû passer la nuit au milieu d'un champ de seigle et j'ai regagné mon domicile à la Basse-Forêt, le lendemain, dimanche, à 11 heures. "

 

 

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