Témoignage de Jean Marcel Darthout

 

Jean Marcel Darthout a 19 ans en 1944 , il confirme l'emprisonnement dans la remise, la fusillade, le massacre.

 

Il précise que les portes du bâtiment étaient gardées par une demi-douzaine de soldats armés de fusils-mitrailleurs.

 


Mes camarades commencent à tomber sur moi.

 

En quelques secondes, tout le monde est par terre et je suis recouvert de corps.

 

La mitrailleuse continue à tirer.

Au milieu d'un vacarme infernal, j'entends les plaintes et les gémissements des blessés. Je demeure écrasé, aplati. Le sang de mes camarades coule sur moi.

J'entends de temps en temps le bruit d'une culasse qu'on arme, puis un coup de feu, puis... plus rien.

La tête enfouie dans la poussière, j'attends, moi aussi, le coup de grâce !

La fusillade cesse.

 

On entend le bruit des pas pesants des Boches dans la rue.

 

Ils reviennent dans la remise, montent sur les cadavres, parlent, rient.

Je me garde de donner signe de vie.

 

Les assassins nous recouvrent de foin et de fagots puis partent de nouveau.

 

Soudain, ma main frôle une autre main.

Je la serre, elle répond à ma pression.

 

C'est celle de mon camarade Aliotti.

" J'ai les deux jambes brisées ", murmure-t-il. D'autres voix sourdes se font alors entendre.

Il y a là des camarades vivants. Duquerroy, garde champêtre, se lamente

: " Mes pauvres enfants, j'ai les deux jambes cassées ! "

 

Un autre, indemne, sort prudemment la tête et observe

 

: " La porte est ouverte ! "

 

On voit les Allemands passer dans la rue, on ne peut fuir.

 

On les entend parler.

Ils ont ouvert un poste de T. S. F.

Le speaker parle allemand, et puis... c'est la musique! Aliotti, près de moi, appelle sa femme, ses enfants et nous fait ses adieux ! Brusquement, les Allemands entrent dans la grange ; ils mettent le feu à la paille.

 

Les flammes s'élèvent, s'approchent de moi, mes cheveux brûlent. J'y porte les mains.

 

Mes mains sont atteintes à leur tour. Je me tourne, je m'enfonce sous des cadavres pour essayer d'échapper au feu.

Je sens à ce moment-là une horrible brûlure à l'épaule.

 

La douleur est si forte que je n'y tiens plus.

 

Il vaut mieux mourir d'une balle dans la peau que d'être brûlé vif !

Je me dresse avec peine... au-dessus des flammes.

 

J'attends le coup de feu qui doit m'achever, mais les S. S. sont partis, la porte est fermée.

Je me réfugie au fond de la grange.

 

Bientôt nous nous y retrouvons au nombre de cinq.

 

Nous sommes épouvantés de voir que nombre de nos camarades sont brûlés vivants. Nous cherchons à fuir. Le mur de la grange est en mauvais état.

Il y a là un trou qu'un de nos camarades agrandit.

 

Nous passons et nous tombons dans un grenier à foin. Nous nous dissimulons dans un tas de paille.

Un Allemand entre, y met le feu à l'aide d'allumettes. Nous devons quitter notre refuge. On m'aide à marcher et nous nous blottissons dans une étable à lapins.

Ainsi que je l'ai dit, cinq hommes composaient alors notre groupe, mais je dois ajouter qu'un de nos camarades enfermé comme nous dans la grange, Mr. Poutaraud, garagiste, sortit isolément ;

 

il fut aperçu par les Allemands et abattu au moment où il cherchait à fuir.

 

Son corps a été, par la suite, découvert engagé dans une barrière.

Nous sommes restés dans notre cachette jusqu'à environ 19 heures.

Ensuite, toujours protégés par un écran de fumée, nous avons réussi à gagner le Champ de Foire, puis, l'ayant traversé, je me suis réfugié dans une haie située à trente mètres environ du cimetière.

J'y suis resté jusqu'à la nuit.

 

J'ai pu m'échapper alors à la faveur de l'obscurité. "

A la suite de ce témoignage, deux remarques s'imposent :

 

la première : c'est que, nous en rapportant aux blessures de Mr.. Darthout, Aliotti et Duquerroy, qui ont été touchés aux membres inférieurs,

les nazis ont tiré bas et dans les jambes de leurs victimes ;

 

la seconde, c'est que le feu a été allumé sur des hommes encore vivants.

La déclaration de M. Darthout établit qu'ils parlaient encore ;

les moins blessés ont pu s'échapper, mais ceux qui l'étaient davantage ont certainement été brûlés vifs.

 

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