Témoignage de Madame Rouffranche 

 

 Madame Rouffranche est âgée de 47 ans en 1944 .

Elle est llle seul témoin pouvant raconter les horreurs de l'église d'Oradour .

 

c'est dans cet optique d'autenticité et d'horreur que le témoignage de Madame Rouffranche permet de se donner une idée de ce qu'aura été l'église d'Oradour en ce 10 Juin 1944.....

 

 

" Vers 14 heures, le 10 juin 1944, après avoir fait irruption dans ma demeure, des soldats allemands me sommèrent de rejoindre le Champ de Foire en compagnie de mon mari, de mon fils, de mes deux filles et de mon petit-fils.
Déjà de nombreux habitants d'Oradour y étaient rassemblés cependant que de tous les côtés, affluaient encore des hommes et des femmes, puis les enfants des écoles qui arrivèrent séparément.

Les Allemands nous divisèrent en deux groupes: d'un côté, les femmes et les enfants; de l'autre les hommes.

 

 

 

Le premier, dont je faisais partie, fut conduit par des soldats armés jusqu'à l'église.

 

 

 

Il comprenait toutes les femmes de la ville, en particulier les mamans, qui entrèrent dans le lieu saint en portant leurs bébés dans les bras ou en les poussant dans leurs petites voitures.

Il y avait là également tous les enfants de l'école. Le nombre des personnes présentes peut être évalué à plusieurs centaines.
Entassés dans le lieu saint, nous attendîmes de plus en plus inquiets la fin des préparatifs auxquels nous assistions.

 

 

Vers 16 heures, des soldats, âgés d'une vingtaine d'années, placèrent dans la nef, près du choeur, une sorte de caisse assez volumineuse de laquelle dépassaient des cordons qu'ils laissèrent traîner sur le sol.

 

 

Entre 16 et 17 heures, ces êtres ont dû vivre un calvaire effroyable, car le vacarme intense des tirs, des explosions, de l'incendie leur parvenait sans aucun doute.

 

 

 

Qu'ont-ils pu penser?

 

 

Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l'engin dans lequel une forte explosion soudaine se produisit et d'où une épaisse fumée noire et suffocante se dégagea. Les femmes et les enfants, à demi-asphyxiés et hurlant de frayeur, affluèrent vers les parties de l'église où l'air était encore respirable.

 

 

 

C'est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée sous la poussée irrésistible d'un groupe épouvanté. J'y pénétrai à sa suite et, résignée, je m'assis sur une marche d'escalier. Ma fille vint m'y rejoindre.

 

 

 

 

 

Les Allemands, s'étant aperçus que cette pièce était envahie, abattirent sauvagement ceux qui y avaient cherché refuge. Ma fille fut tuée près de moi, d'un coup de feu tiré de l'extérieur. Je dus la vie à l'idée que j'eus de fermer les yeux et de simuler le mort.

Une fusillade éclata dans l'église, puis de la paille, des fagots, des chaises, furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles.

Ayant échappé à la tuerie et n'ayant reçu aucune blessure, je profitai d'un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel.

Il existe dans cette partie de l'église trois fenêtre. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et, à l'aide d'un escabeau qui servait à allumer les cierges, je tentai de l'atteindre. Je ne sais alors comment j'ai fait, mais mes forces étaient déculpées. Je me suis hissée jusqu'à elle, comme j'ai pu.3.

Le vitrail étant brisé, je me suis précipitée par l'ouverture qui s'offrait à moi. J'ai fait un saut de trois mètres.

 

 

Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j'avais été suivie dans mon escapade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands, alertés par les cris de l'enfant, nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi même blessée en gagnant un jardin voisin.

 

 

 

 

 

Dissimulée parmi des rangs de petits pois, j'attendis dans l'angoisse qu'on vienne à mon secours.

Je ne fus délivrée que le lendemain vers 17 heures ".

 

 

 

Marguerite Rouffranche devant le vitrail par lequel elle s'échappa .

 

Madame Rouffranche décéda en 1988 .

 

 

 

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