Témoignage de Robert Hébras

Un chaud samedi s'annonçait à l'aube de l'été, en ce 10 juin.


 

Robert, Hébras ( a gauche sur la photo )  alors âgé de 19 ans , n'aurait dû arriver au village que le soir du 10 Juin 1944 étant donné qu'il travaillait comme mécanicien dans un garage de Limoges. 
 


 

A la suite d'un différend avec l'administration allemande qui avait réquisitionné une partie de l'établissement, le garagiste avait éloigné ses jeunes pour quelques jours. 
 


 

C'est ainsi que Robert se trouva avec un ami de son âge au centre du village lorsque les premiers éléments de la 3e compagnie du régiment SS « Der Führer » arrivèrent à l'entrée d'Oradour. 
 


 

Il était 14 heures. 
 

« Mon ami avait peur. Je lui ai dit que les Allemands n'allaient pas le manger. Mais il a couru chez lui, pris des affaires et s'est enfui. Il a eu de la chance d'avoir peur, car il s'en est tiré ! » 
 

Robert, lui, n'a pas peur.


 

Comme presque tous les habitants il a obtempéré lorsque deux soldats ont parcouru la rue en demandant aux gens de venir se rassembler au champ de foire.


 

« Je ne savais pas ce qu'était la guerre, et puis au départ ils n'étaient pas particulièrement brutaux.

 

Je n'ai pas entendu un seul coup de feu avant le déclenchement du massacre. »

 

Robert Hébras fait comme tout le monde, oubliant même de prendre ses papiers et de mettre une chemise sur son maillot de corps.

 

« J'entends encore le pâtissier s'inquiéter pour ses gâteaux qui cuisaient dans le four, et la réponse, en bon français, du soldat 

: « Ne t'inquiète pas, on s'en occupera de tes gâteaux ! »

 

Tout le village se trouve maintenant sur la place. Aucune crainte n'est encore perceptible. 
 


 

« J'étais près du maire, lorsque l'officier réclama des otages. Nous pouvions circuler librement. Bien sûr, des mitrailleuses étaient braquées sur nous, mais nous ne pouvions imaginer...

 

 Puis les Allemands nous ont dit qu'ils cherchaient des munitions, que ceux qui en posséderaient serait arrêtés, et les autres relâchés. 
 


 

Alors là, on était rassuré, car tout le monde savait qu'il n'y avait pas de munitions à Oradour.

 

 Le flot grossissait. Nous avons vu arriver les enfants des écoles. Je vois encore l'instituteur, l'instituteur et leurs deux enfants.

 

Le village était encerclé, ils laissaient entrer les gens et bloquaient les issues.

 

Ils n'étaient toujours pas menaçants lorsqu'ils ont séparé les hommes des femmes et des enfants, qu'ils ont emmenés hors de la place.

 

Nous ne savions pas où.

 

 Nous, on nous fit aligner sur le trottoir en trois rangs, face au mur... »

 


 


 

Un jeune du village était dans la milice. 
 


 

En semaine, il exécutait son sale boulot à Limoges, participait aux rafles de Juifs ou aux arrestations de suspects. 
 

Le samedi, il plastronnait à Oradour, en uniforme.

 

 Professionnellement bien placé pour pressentir ce qui va se passer, il tente d'échapper au sort commun en présentant sa carte de milicien à ses amis les SS. Rien à faire, ils le repoussent dans les rangs.

 Ne veulent pas de témoins.

 

Au passage, dans sa traversée du village, Robert voit ceux qui sont arrivés à destination, face aux mitrailleuses.

 

Le sous-lieutenant Barth est là, devant sa pièce. Barth, retrouvé quarante ans plus tard en Allemagne de l'Est, sera jugé et condamné à perpétuité par un tribunal berlinois. Robert Hébras a participé au procès comme témoin en 1983. 
 

Barth aura été le seul bourreau d'Oradour à payer pour ses crimes.

 

.

 

« Ils ont pris leur temps, nous ont demandé de déplacer deux charrettes et de nous regrouper au fond de la grange.

 

 Ceux qui s'asseyaient devaient se relever aussitôt. Ils ont balayé avec soin derrière les mitrailleuses avant que les tireurs ne s'allongent. 
 


 

Ont engagé les bandes.

 

Puis nous avons juste eu le temps d'entendre une explosion dans le village qu'ils firent feu sur nous.

 

Tous les hommes tombèrent les uns sur les autres. Je ne sentais pas encore que j'étais blessé. 
 


 

Après les rafales, au milieu des gémissements, les soldats marchèrent sur nos corps pour distribuer les coups de grâce. J'avais peur et j'attendais mon tour, mais j'étais sous d'autres victimes.

 

Les soldats sont partis. Je les entendais parler fort. 
 


 

Puis il y eut de la musique. Ils avaient sans doute allumé la TSF du bureau de tabac tout proche.

 

 Ils sont revenus peu après, nous ont couverts de paille et ont mis le feu.

 

Alors, il a fallu sortir, prendre la décision, ou brûler vif ou être tué d'une balle.

 

Je suis sorti en direction d'une porte au fond de la grange. 
 


 

La fumée les empêchait de me voir, ou bien ils n'étaient plus là. »


 


 

« LORSQUE j'atteignis le cimetière, je compris que j'avais des chances de m'en tirer. Alors, égoïste, j'ai pensé : chez nous personne n'est mort.

 

Mon père était en déplacement, et j'étais sûr que je reverrais ma mère et mes deux soeurs.

J'étais persuadé qu'ils avaient éloigné les femmes et les enfants pour qu'ils n'assistent pas à la fusillade... »

 

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